On nous a longtemps parlé d'immigration, de frontières, de clandestins ou « sans-papiers » et d'identité française. Oui, d'identité française aussi. Alors comment se fait-il qu'après toutes ces années, et même toutes ces décennies, et après avoir longtemps évoqué le terme, on ne se demande qu'aujourd'hui : « Mais en fait, c'est quoi l'identité nationale ? »
C'est notre ministre de l'immigration, de l'intégration – attention de ne pas oublier ce mot quand on évoque son titre, il y tient -, de l'identité nationale et de la solidarité, Éric Besson, qui a lancé le débat cette semaine. Un débat ouvert à tout le peuple français, entraîné à répondre à cette question : « Pour vous, qu'est-ce qu'être français ? ».
Alors, oui, on demande l'avis au peuple français. L'enjeu : se faire bien voir par eux via leur concertation ? Avoir une idée d'un terme qui échappe aujourd'hui encore à notre cher ministre ? Quoiqu'il en soit, le débat se crée. Et le site internet sur lequel on peut répondre à cette question arrive déjà à un niveau de connexions très élevé. Les Français se sentent concernés et usent de leur devoir de citoyen pour donner leur propre avis sur la question.
Que se passera-t-il ensuite ? Se basera-t-on sur le plus grand nombre de réponses identiques pour définir ce qu'est avoir l'identité française ? Se fiera-t-on à ce résultat pour expulser du territoire français tout individu n'ayant pas le statut de Français ? De même, à qui s'adresse cette question ? Au peuple français ! Mais comment savoir qui est Français puisque la question se pose ?
Cette France qui accueil, cette France « généreuse » comme la décrit Besson, deviendra-t-elle un état fasciste comme le craint Houria Bouteldja, présente hier soir sur le plateau de Ce soir (ou jamais) ? Sera-t-elle au contraire une plus grande terre d'accueil ? Éric Besson s'est lancé dans une politique, dans un débat, qui n'en finira pas de si tôt car ayant été lancé bien avant la question de cette identité qui nous échappe aujourd'hui.